Rencontre internationale concernant les relations entre juifs et chrétiens

Il y a 10 ans, l’étude de la CEPE « Eglise et Israël » a marqué d’une pierre blanche les relations entre juifs et chrétiens. Pour célébrer cet anniversaire, 40 experts d’Europe se sont retrouvés à Arnoldshain et ont appelé à son mise en œuvre.

Du 17 au 19 juin 2011 a eu lieu au Martin-Niemöller-Haus à Schmitten-Arnoldshain, Allemagne, la consultation « ‘Eglise et Israël’ : un bilan ». La Communion d’Eglises protestantes en Europe (CEPE) et l’Eglise protestante de Hessen et de Nassau avaient organisé cette consultation à l’occasion du dixième anniversaire de l’étude « Eglise et Israël ». L’étude avait été adoptée à l’unanimité le 24 juin 2001 lors de la 5e Assemblée de la Communion ecclésiale de Leuenberg (aujourd’hui CEPE) à Belfast. 38 participants de 20 Eglises membres de la CEPE provenant de 10 pays européens ont analysé la réception de l’étude « Eglise et Israël » et l’état des relations judéo-chrétiennes de leurs Eglises. Ils ont adopté la déclaration suivante.

  1. L’étude « Eglise et Israël » de 2001 est une contribution protestante majeure et s’inscrit dans les efforts de ces dernières décennies visant un renouveau des rapports entre juifs et chrétiens. Il est porté par 95 Eglises protestantes membres en Europe et en Amérique du Sud ainsi que par quatre Eglises protestantes scandinaves, ces Eglises formant ensemble la CEPE.
  2. L’étude « Eglise et Israël » contribue au renouveau des rapports entre chrétiens et juifs. Elle a, dans son élaboration, été stimulée par les efforts antérieurs et a elle-même encouragé la poursuite de ce processus. L’étude est une voix protestante importante dans le discours des Eglises à propos des relations avec le peuple d’Israël.
  3. Le renouvellement du rapport entre les Eglises et le peuple d’Israël se base sur les conclusions suivantes dont l’étude « Eglise et Israël » porte la marque :
    1. La reconnaissance de l’élection éternelle du peuple d’Israël
    2. La mise en évidence des racines juives de la foi chrétienne
    3. La compréhension du lien indissoluble entre Eglise et Israël
    4. Le renoncement à la mission des juifs
    5. La reconnaissance du rôle central de l’état d’Israël pour le judaïsme tout en essayant de trouver une solution juste et pacifique au conflit du Proche Orient
    6. La reconnaissance d’une coresponsabilité et d’une culpabilité des chrétiens dans la shoah
    7. L’incompatibilité avec la foi chrétienne de toute forme d’antisémitisme et de toute animosité contre les juifs.
  4. Dans de nombreux pays d’Europe, les relations entre les Eglises et les communautés juives ont pu être améliorées. Nous constatons que les thèmes et les contenus des rencontres et le souvenir de la shoah évoluent de manière différente. La prise de conscience de la responsabilité chrétienne et le souvenir des victimes du national-socialisme (par ex. par l’inscription visible de leurs noms) nous semblent nécessaires et salutaires. Nous demandons à nos Eglises de promouvoir des rencontres où les chrétiens peuvent apprendre à connaître la religion juive et la vie contemporaine des juifs. L’étude de textes bibliques, les traditions festives juives et chrétiennes, l’échange spirituel ainsi que l’engagement pour la paix et la justice peuvent ouvrir un discernement permettant de nommer les points communs et les différences dans le respect mutuel. En de nombreux lieux des entretiens trilatéraux entre chrétiens, juifs et musulmans sont organisés. Tout en admettant qu’il s’agit là d’un développement important, nous soulignons la signification particulière du dialogue entre chrétiens et juifs.
  5. L’étude montre que des questions centrales dans les relations judéo-chrétiennes doivent être approfondies. Il faut ici mentionner les thèses discutées dans l’étude : les « deux voies », « l’alliance non révoquée », le « pèlerinage des nations à Sion », la compréhension du « peuple de Dieu » formé par Israël et l’Eglise. La consultation a démontré que dans le Nouveau Testament il n’existe pas de mentions incontestables pour une auto-réflexion ecclésiologique. L’étude pense qu’au lieu de résumer Israël et l’Eglise sous le terme commun de « peuple de Dieu », il faudrait parler d’Israël comme « peuple de Dieu » et de l’Eglise comme « paroisse/communauté de Dieu ». De nombreux fondements bibliques l’attestent (cf. entre autres Actes 20,28 ; 1 Cor 1,2 ; 10,32 ; 15,9). Cependant, l’utilisation biblique des termes « peuple » et « communauté» nécessite une clarification. Il faudrait en outre clarifier ce que signifie le concept de « l’Eglise de juifs et de païens ». Pour les travaux futurs, il faudrait tenir compte de la façon de procéder de l’étude qui exclut des positions inacceptables (comme par ex. la doctrine de la substitution) tout en permettant une grande diversité de positions.
  6. Les problèmes non résolus du conflit au Proche Orient ont une influence sur le dialogue entre juifs et chrétiens et conduisent également à des polarisations au sein de nos Eglises. Dans cette situation difficile, nos Eglises doivent relever le défi de préserver leur rapport au judaïsme nouvellement acquis et leurs liens étroits avec les chrétiens au Proche Orient. Il s’agit de concilier la solidarité avec l’état d’Israël et l’engagement en faveur d’un avenir de la communauté palestinienne, dans l’auto-détermination et la paix. La Bible contient de nombreuses promesses qui ouvrent des perspectives bénéfiques pour le pays et pour tous ceux qui y vivent. Il faut simultanément lutter contre une instrumentalisation de textes bibliques dans le conflit du Proche Orient. Nous encourageons nos Eglises à assister les juifs, musulmans et chrétiens dans leurs efforts en faveur d’un avenir démocratique et pacifique pour les Israéliens, les Palestiniens et leurs voisins.
  7. Les perspectives démontrées dans l’étude « Eglise et Israël » concernent toutes les dimensions de l’être Eglise : « Le lien indissociable entre Eglise et Israël doit être un sujet constant de tout enseignement chrétien ». Nous recommandons aux Eglises membres de la CEPE de discuter les thèses majeures des études « L’Eglise de Jésus-Christ » et « Eglise et Israël », de les développer et de les faire fructifier dans la discussion ecclésiologique au niveau mondial.
  8. Nous demandons aux Eglises d’appliquer les recommandations de l’étude « Eglise et Israël » relatives au travail à accomplir dans les communautés locales et au niveau des directions d’Eglise. Ces recommandations concernent la prédication et l’enseignement, le culte et la formation initiale et continue de l’Eglise (cf. partie III). Pour ce faire, nous mettons à disposition la collection des exemples Best-Practice des Eglises européennes disponibles auprès de la CEPE.

Ev. Akademie Arnoldshain, Schmitten/Taunus, Allemagne, le 19 juin 2011

Vienne, le 23 juin 2011

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Actuellement 105 Eglises protestantes en Europe (y compris cinq Eglises sud-américaines émanant de l'Europe) appartiennent à la Communion d'Eglises Protestantes en Europe (CEPE). Les Eglises luthériennes, reformées, unies et méthodistes ainsi que les Eglises pré-réformatrices telles que vaudois et hussites s'accordent les unes aux autres une communion de chaire et d'autel en vertu de la Concorde de Leuenberg de 1973. L’adresse du Secrétariat : Severin-Schreiber-Gasse 3, A-1180 Vienne, tél.: +41.1.4791523.900, fax .110, Courriel: office@leuenberg.eu, Internet: www.leuenberg.eu. Dipl.theol. Thomas Flügge est responsable du travail des médias et de presse: tél. +41.31.37025.02, fax -.80, t.fluegge@leuenberg.eu.

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